TRAVAILLER EN PRODUCTION TÉLÉVISUELLE ET CINÉMATOGRAPHIQUE

Du haut de ses 24 ans, Félix Delorme-Lapointe travaille en production télévisuelle et cinématographique depuis un an déjà, dans le département de la régie. Il a généreusement accepté de répondre à nos questions, afin de montrer qu’il est possible pour les jeunes Québecois et Québecoises de réaliser leurs rêves de travailler en production et de bien réussir.


Pour débuter, peux-tu nous expliquer qu’est-ce que la production télévisuelle et cinématographique ?

Bien sûr ! Quand tu travailles en production, tu reçois des contrats pour des durées allant de quelques semaines à quelques mois. Ça peut être pour des productions américaines, canadiennes, québécoises, ou même étrangères. Après, tout ce qu’on a produit est envoyé à un diffuseur, qui va ensuite diffuser notre contenu. Ce qu’on fait, c’est tout ce qui est au niveau du tournage. On n’a rien à voir, du moins pour ma part, avec la préproduction et la postproduction. Ces deux étapes font aussi partie de la production télévisuelle, mais pour ma part je ne participe pas. Moi je suis sur place lors du tournage, au moment de produire. Comme le nom le dit..


Quel est ton parcours scolaire et professionnel ?

Source photo: Cégep de Jonquière

Au début, je ne savais vraiment pas ce que je voulais faire… J’étais au Cégep en graphisme, où je faisais de la publicité et du marketing design, et j’ai réalisé que ce qui m'intéressait vraiment, c’était la photographie et tout le procédé du développement de photos. J’en ai parlé à mon orienteur et il m’a dit : « Écoute, à Jonquière, il y a un programme en télévision, qui touche beaucoup à l'optique donc si c’est quelque chose qui t’intéresse, vas-y ! » À ce moment, j’ai sauté sur l’occasion. J’ai postulé et j’ai été pris ! J’ai donc fait mes trois ans au Cégep de Jonquière, en Art et technologie des médias, profil production télévisuelle, et c’était vraiment motivant. Ensuite, je suis allé faire mes stages à Montréal, où je me suis installé. J’ai ensuite contacté le plus de gens possible, pour avoir des contrats ici et là. J’ai fait de l’événementiel, de la régie en télévision avec RDS et maintenant, je suis arrivé avec ce que je voulais depuis le début : travailler dans le domaine du cinéma.


Je sais que jusqu’à maintenant, tu as fait deux postes, peux-tu nous les nommer et les décrire ?

Oui ! Pour ce qui est du cinéma, j’ai tout d’abord fait PA, assistant de production ou production assistant en anglais. Ce poste-là, c’est l’ouverture au monde du cinéma. Le nom le dit bien, on assiste tout ce qui se passe sur le plateau. Donc nous on achemine le matériel avec les demandes. Elles viennent souvent des différents départements, parce qu'en production, ça fonctionne par département. Tu as le département décors, caméra, CCM (costumes - coiffures - maquillage), et nous on les assiste. Toutes les choses qu'ils n’ont pas sur eux, mais qui font partie de leur emploi, nous on est là pour ça. Un camion est assigné à chaque département à côté du plateau, où on y retrouve par exemple des caméras. On peut même aller jusqu’à s’occuper de la nourriture en kraft. La nourriture en Kraft, c’est l’endroit où sont placées les tables de nourriture. On a même des cuisiniers sur place, vu qu’on travaille parfois jusqu’à 16h par jour, il faut se nourrir. Donc PA c’est vraiment celui qui va aider la production, que ce soit avec la réalisation ou avec un technicien sur le plateau.



Est-ce que c'est commun des journées de 16h ?

Ce l’est surtout en Américain, car ils ont de plus gros budgets donc ils peuvent se permettre de nous faire dépasser, mais en Québécois, la moyenne c’est 12-13h. Ça, c’est une journée normale.


L’autre poste que j’ai fait c’est Truck PA. Je n’ai pas encore fait ce poste officiellement, mais j’ai fait beaucoup de remplacement. Dans ce poste, on se situe à la base, là où se trouve toute la logistique. C’est un endroit physique. Elle peut par exemple être à un certain coin de rue, avec les camions, l’assistant à la réalisation, les régisseurs, ceux qui vont s’occuper de l’horaire, des payes et tout. C’est aussi là qu’on retrouve la régie, le maquillage, les costumes, les loges, etc. C’est donc là qu’on garde tout notre matériel de régie, c’est-à-dire les talkies-walkies, les tapis, bref, tout ce qui va aider à la production, mais qui ne touchera pas directement le tournage. Donc on s'installe là, et sur le plateau, C’est vraiment lui qui va gérer tout l’inventaire à la base, et il y en a beaucoup ! Je t’ai nommé les talkies-walkies et les tapis, mais c’est aussi tout ce qui est électricité et câblage, bref, vraiment tout ce qui est utile pour le tournage.


Tu en a déjà un peu parlé en abordant ton parcours, mais qu’est-ce qui t’a motivé à aller dans ce domaine en particulier ?

Écoute, c’est un ami, quand j’étais avec mon orienteur, qui m’a demandé : « C’est quoi tes rêves ? » et il a réussi à me convaincre que ça pouvait être n’importe quoi et à ne me mettre aucune limite, et c’est là que j’ai compris que j’avais un énorme respect pour les professionnels qui travaillent sur des films et je les mettais dans une classe à part. Ces gens-là, dans les génériques des films, changent vraiment quelque chose. Admettons Star Wars ou Harry Potter, tout le monde a ça chez eux, un film culte comme ça, et je me suis dit que j'aimerais vraiment avoir mon nom dans un générique de film que tout le monde a chez soi. Tu peux te dire « Wow, j’ai travaillé là-dessus » ! C’est vraiment une belle fierté. Avec mon intérêt pour l’optique, le cinéma et tout, c’est vraiment de cette idée-là que je suis partie. Des fois, ça ne prend pas grand-chose pour se trouver une passion... et il y a beaucoup de personnes comme moi qui ne savent pas ce qu’elles veulent faire de leur vie et il faut juste prendre le risque !


Est-ce que ton nom s’est retrouvé dans un générique jusqu’à maintenant ?

Il faut savoir que ça fait juste un an que je suis dans le domaine et qu’un gros film, ça prend environ deux ans à faire. Il n’y a donc pas encore de films qui sont sortis, mais le premier sur lequel j’ai travaillé sort en février prochain et j’ai vraiment hâte de voir le résultat ! Veut veut pas, j’ai vu quelques scènes et j’ai parlé à certains membres de l’équipe, puis en plus, j’avais accès au scripte. (On signe une entente de confidentialité, évidemment). Je sais donc à quoi va ressembler le film, parce qu’avant chaque scène, il y a un blocking d’équipe, c'est-à-dire que l'équipe peut voir la scène et j’y suis allé souvent. J’ai hâte de voir le film pour voir le résultat, mais surtout pour voir mon nom dans le générique ! La production s’appelle The United States vs. Billie Holiday et c’est un film indépendant américain sur la vie de la chanteuse de blues et de jazz Billie Holiday.

Source photo : Essence.com

Toi qui est pigiste, comment fais-tu pour t’assurer de toujours avoir du travail ?

Ça, c’est vraiment complexe, c’est même plus difficile que la job elle-même. Il faut vraiment garder un lien avec les gens avec qui tu as déjà travaillé. Ce n'est pas un domaine où tu peux aller porter des CVs. Il faut vraiment que tu aies le numéro de téléphone ou que tu sois en contact avec quelqu’un. je contacte donc les personnes avec qui j’ai travaillé, je m’assure que s’ils ont de la job, ils m’en offrent et vice-versa. Si moi j’entends que quelqu’un a besoin, je vais les référer aussi. On peut aussi avoir des syndicats qui nous aident. il y en a deux principaux. Il y a l'Alliance internationale des employés de scène de théâtre et de cinéma, qui est Nord-Américaine, où tu peux faire du film ou de l’événementiel. Eux, ils font de la recherche, et quand tu payes une cotisation pour être membre, ils affichent les emplois du moment. Mais il faut vraiment être membre et moi je suis permissionnaire, donc j’y vais de contact à contact. Pour ce qui est du Québec, il y a l’AQTIS, L'Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l'image et du son, au niveau québécois.


Qu’est-ce que tu préfères dans ton emploi ?

Moi, je suis quelqu’un qui aime beaucoup travailler, mais j’aime aussi les longues pauses. Par exemple, présentement, on est en plein dans les vacances d’hiver, donc c’est un à deux mois sans travail. Quand ça va reprendre, ça va être 13 à 16h par jour et c’est vraiment un blitz. Tu te lèves le matin, tu travailles 4-5 jours par semaine, et tu fais ta passe d’argent. Tu travailles, tu travailles et tu travailles. Après ça, t’as pas à faire du 9 à 5, il n’y a pas de routine et c’est vraiment un univers particulier. J’aime qu’on soit tous sur le même rythme, on vit tous la même affaire et c’est une job d’équipe. C’est vraiment dynamique ! J’adore le fait que tu sois toujours sur le go, et que ce soit physique. Bref, le mouvement, le travail d’équipe et tout le monde passionné, c’est vraiment motivant. C’est ça qui m’allume dans la profession. Les personnes comme moi, avec qui je travaille, ce sont tous des passionnés avec des rêves, donc c’est vraiment le fun d'être dans une gang qui ont des objectifs similaires aux tiens.


Quel a été le plus gros défi que tu as eu à relever jusqu’à maintenant ?

Je pense que c’est quand j’ai commencé, puisque je n’avais pas beaucoup de contacts, j’essayais de jongler avec toutes les productions. Tu dis oui à tout, mais tu te ramasses à travailler des 30h en ligne, et ça je l’ai fait deux semaines, et je devais commencer à dire non. Tu veux tellement te faire un nom que tu ressens de la pression pour réussir à faire ta place. Comme j’ai dit, la job de PA, c’est pas le poste le plus technique. C’est un poste dont tu as besoin pour rentrer. Plus tu montres que tu as de l’intérêt, plus tu as des chances de trouver du travail dans d’autres départements. Il faut vraiment juste être là et être alerte, c’est ça qui est important. Bref, c’est surtout la gestion d'horaires.


Est-ce que tu peux nous parler de quelques films sur lesquels tu as travaillé ?

Oui ! C’est sûr que je ne pourrai pas trop entrer dans les détails, pour des raisons de confidentialité, mais j’ai d’abord travaillé sur The United States vs. Billie Holiday, comme j’ai dit plus tôt. C’était vraiment un film exceptionnel et les acteurs étaient incroyables. La production était vraiment acharnée, on a même fait une journée de 18h. C’était fou ! J’ai aussi travaillé sur Home Alone, avec Disney +. Ils sont en train de faire un reboot, parce qu’ils ont acheté 21st Century Fox. Home Alone a été tourné à Montréal et c’est vraiment le plus gros film sur lequel j’ai travaillé. Juste le fait d'être sur le plateau, même si je ne faisais pas de grosses tâches, puisque j’étais à mes débuts, c’était grandiose. Je tripais ! J’ai aussi travaillé sur 5e rang, une série québécoise.J’ai travaillé sur la deuxième saison et c’était vraiment le fun. Les acteurs québécois sont plus accessibles que les Américains ! Sinon, j’ai récemment fait 4 films avec Incendo, des longs métrages à petits budgets. Petits budgets, on parle bien sûr de milliers de dollars quand même. C’était des films d’amour, on a fait 4 films en 4 mois. Ça a été vraiment un gros blitz et on était une équipe d’une centaine de personnes à travailler là-dessus. Pendant le confinement, ça a été une autre histoire, mais la job a été interrompue en raison de la COVID. Voilà mes projets pour l’instant !

Source : Studios MELS













Quel a été ton plateau de tournage préféré ?

Étonnement, ça n’a pas été Home Alone ! Premièrement, parce qu’il faisait vraiment froid et aussi parce que je ne faisais pas grand chose. C’était plus les films avec Incendo car j’avais beaucoup de tâches et on me faisait confiance. Je travaillais pendant 4 mois avec les mêmes personnes. J’ai pu montrer de quoi j’étais fait et mes connaissances et c’est pourquoi j’ai plus apprécié ces tournages-là. En plus, on se connaissait tous et l’équipe était bien ficelée. Mais c’est sûr que sur Home Alone, c’était vraiment wow de voir un si gros plateau !


Ensuite, peux-tu nous révéler un secret de production ?

Je peux vous révéler des secrets techniques ! Quand j’ai travaillé sur le film sur Billie Holiday, ce que les gens pourraient se demander, c’est comment on peut tourner un film à Montréal et s’arranger pour que ça ressemble à Philadelphie ? En fait, avant le tournage, ils font des recherches sur l’âge, le style et l’architecture des bâtiments à Montréal. C’est important de préciser que Montréal est vraiment une ville avec beaucoup d’architectures différentes, et que chaque quartier apporte son style. Donc eux, ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont pris une partie de la ville où il y avait 7-8 bâtiments du style de Philadelphie dans les années 30, et après, ils ont mis de gros murs verts qui étaient levés avec des grues, qui bloquaient toute une route. Donc, tout ce qui apparaissait sur le fond vert était ajouté à l’ordinateur. C’était immense !


Souvent aussi, lorsqu’on a besoin d’une foule dans des estrades, il va y avoir une cinquantaine de personnes sur place, et ils seront dupliqués dans l’espace lors de la post-production, C’est vraiment rare que la production va payer pour avoir 500 personnes dans une foule. Ça va arriver, mais la majorité du temps, ça va être une cinquantaine de personnes.


Sinon sur Home Alone, il fallait recréer l’impression d’une lune, alors ils avaient acheté un gros morceau de plastique blanc avec plein de lumière à l’intérieur. C’était tellement immense qu' ils l’ont levé avec deux grues et ils pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient avec. Ils faisaient de la lumière rouge, bleue, jaune, et ils recréaient de la lune. C’était assez impressionnant !


Petite question actuelle, comment ça se passe en tournage en pleine crise sanitaire ?

C’est vraiment compliqué et ça ralentit beaucoup les choses ! Étonnement les règles ne sont pas trop restrictives face à ce qu’on fait, parce que les acteurs peuvent tourner sans masque. Dans le fond, les acteurs ont 15 minutes par jour où ils peuvent rester proches les uns des autres sans leurs masques. On doit vraiment compter tous les temps, et ça ajoute une tâche à la scripte, qui regarde toute la continuité, et qui doit s’assurer de calculer les 15 minutes afin qu’ils ne dépassent pas. On parle des acteurs principaux, bien sûr. Si la caméra est trop proche de l’acteur, on doit installer un plexiglas pour ne pas créer de contact et faire un trou pour la lentille. À l’intérieur on doit bien sûr faire attention de bien respecter le 2 mètres et tout le monde porte son masque et même des lunettes. Il y a aussi des stations pour se laver les mains un peu partout, dès que quelqu’un touche quelque chose. Pour vrai, ça a dû ralentir nos journées d’environ 4h. Il y a même une personne ou deux qui sont là en tout temps pour prendre les températures des gens et pour s’assurer que toutes les règles soient respectées.


Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut faire carrière en production ?

De se préparer à ce que ce soit ta vie, haha ! Ne surtout pas refuser de la job. Ne pas prendre d’initiatives, parce que ce n’est pas un domaine d’initiatives, c’est un domaine où tu te proposes à faire des tâches, mais pas que tu les fais, parce que si tu fais des trucs d’avance, puisque c’est un domaine très artistique, il y a beaucoup de chances que les gens te demandent de le refaire à leur manière, donc propose-toi le plus possible. C’est aussi primordial d’être présent, même si tu vois les autres assis avec leur cellulaire, à part si c’est un moment où on te demande de ne rien faire. Propose-toi toujours.


C’est aussi super important d’être gentil, même avec les gens avec qui tu ne travailles pas. Pas besoin d’être hypocrite, juste être gentil avec eux. Même s’il n’est pas dans ton département, ça se pourrait qu'un jour, il sera ton contact pour te trouver un contrat et ça peut aussi devenir un ami de vie !


Aussi, il ne faut pas oublier de bien préparer et gérer tes comptes, parce que quand tu es travailleur autonome, ton employeur ne t’enlève pas de pourcentage par exemple d’impôts. Donc tu dois vraiment bien gérer ton argent. Prépare-toi toujours une réserve, pour les saisons mortes et demande le chômage saisonnier ! Beaucoup de gens dans le domaine du cinéma demandent le chômage saisonnier et c’est tout à fait normal en saison morte et aussi en étant pigiste. Voici mes conseils !


Finalement, tu nous en a glissé quelques mots, mais veux-tu nous parler un peu plus de tes projets futurs ?

Pour l’instant c’est un moment particulier. Avec la COVID et tout, ça m’a fait me remettre un peu en question. J’aime avoir les horizons les plus ouverts possibles ! Pour ce qui est du cinéma, je vise toujours le département caméra. Je m’intéresse aussi aux décors et sinon, je me garde la porte ouverte à d’autres emplois en parallèle, en raison de la crise sanitaire actuelle, qui rend vraiment le milieu cinématographique complexe. Mais mon objectif principal reste toujours le département caméra ou décors !


Merci Félix pour cette belle entrevue !




161 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

ÇA COMMENCE ICI.

HERE IT BEGINS.

ES BEGINNT HIER.

COMIENZA AQUÍ.

从这里开始。

Contact

101 rue Murray, unité 1708

Montréal, Qc. H3C 0T4
festival.emergence@outlook.com
Tel: 438-349-6487

© 2020 Tous droits réservés - Festival Émergence