Réalisatrice et productrice : une complicité qui ne s'invente pas

C’est par une froide soirée de mars, lors de la relâche scolaire, que j’ai eu la chance de rencontrer le duo formé de Romane Boisclair-Choquette, productrice, et Justine Prince, réalisatrice. À l’aube de leur sortie des bancs d’école, les deux femmes rayonnent déjà dans le monde du cinéma et plus l’entrevue avançait, plus la passion qu’elles partagent pour ce domaine était palpable. Les deux cinéastes étaient également réunis par une chimie électrisante. Je ferai de mon mieux pour la faire transparaître entre les prochaines lignes.


Deux parcours qui se complètent parfaitement


Romane a commencé le baccalauréat en communication (stratégies de production culturelle et médiatique) de l’UQAM à l’automne 2018, après un DEC en médias au Cégep du Vieux Montréal. Ayant plusieurs possibilités de spécialisations dans le programme, elle a décidé d’y aller avec le domaine du cinéma. À l’été 2020, Romane a également fait un stage de quatre mois en production avec Marie-Claude Poulin, productrice réputée du Québec, qui est d’ailleurs allée deux fois aux prestigieux Oscars. Il s’agit d’une grande source d’inspiration pour elle, car cette expérience lui a permis de bien cerner comment celle-ci travaille, et de comprendre qu’il y a plusieurs types de producteurs. Certains sont plus cartésiens et très organisés, alors que d’autres développent plus leurs côtés humain et logistique. Marie-Claude fait partie de la deuxième catégorie, à laquelle Romane s’identifie également. Elle terminera donc son baccalauréat cette année, dans lequel elle a pu réaliser plusieurs projets, qui l’ont mené à rencontrer celle qu’elle appelle sa Work Wife, Justine Prince.


Justine a pour sa part étudié en cinéma à Québec, sa ville d’origine, avant d’être admise au certificat en études cinématographiques à l’Université Laval, lui permettant de confirmer sa passion pour ce magnifique domaine. Elle a ensuite appliqué au baccalauréat en communication (création médias - cinéma), où elle a été acceptée. Il s’agit d’un programme lui ayant permis de vivre des expériences très enrichissantes. Par exemple, elle a pu réaliser un projet de fiction studio, où les décors étaient entièrement créés par les étudiants. Elle a d’ailleurs été admise à la spécialisation en réalisation. Lors de l’été 2019, Justine est aussi allée à l’École d'été de l'UQAM à Prague pendant deux mois, où elle a réalisé son premier vrai court-métrage intitulé Vitek est mort. À son retour, un nouveau défi se dressait devant elle, puisque ce n’est pas tous les étudiants admis à la spécialisation qui voient leurs films être réalisés. Ils doivent passer par un processus de sélection avec jury. Le projet qu’elle a présenté a été sélectionné et a ensuite été envoyé aux étudiants en stratégie de production. C’est donc à ce moment que les deux jeunes femmes se sont rencontrées, alors que Romane a choisi La mort d’Elvis, deuxième film de Justine, afin d’en faire la production.


Romane explique que ce n’est pas un hasard si elle a choisi le projet de Justine, car elle avait déjà entendu parler d’elle par des amis communs, et c’est de là que leur incroyable chimie est partie : « Ce que j’aime beaucoup de Justine, et c’est pour ça que ça a autant cliqué, c’est que je trouve qu’elle va plus loin que le cinéma amateur. Elle a une plume un peu absurde, qui relate tout le temps des real facts de la société. Par exemple, Charmante, sur lequel on a travaillé récemment. C’est une femme en résidence qu’on suit un peu dans sa solitude. À travers le film, elle crée une amitié avec le jeune concierge. C’est un peu absurde, mais ça traite quand même de la solitude des personnes âgées. Personne ne penserait à ça ! »

Plateau de tournage de Charmante. Courtoisie : Romane et Justine


Réalisatrice et productrice : deux rôles bien différents


Alors que ça n’est pas toujours le cas dans le monde professionnel, les réalisateurs à l’UQAM scénarisent eux-mêmes leurs propres projets. L’idée créative vient donc de Justine, qui envoie ensuite le scénario à Romane, et c’est là que commence leur collaboration. Tout au long du travail, Justine est responsable du côté créatif et est en contact avec tous les autres départements tels que le son, les décors, les costumes et la direction photo, afin de s’assurer que tous comprennent son imaginaire, pour créer le film exactement comme elle l’a initialement imaginé. Elle doit leur partager sa vision, afin que tous soient en mesure de recréer le monde dans lequel elle veut que le film se déroule.


De son côté, Romane, productrice, makes it happen. Elle s’occupe de tout le côté logistique et est à la tête de l’équipe : « Quand tu es producteur, tu es le support de tout. Tu es le support émotionnel de tous les chefs des départements, tu es le meilleur ami de l’assistant-réalisateur qui crée les horaires et qui gère l’échéancier et tu es le bras droit de la réalisatrice… Tu veux savoir tout ce qui se passe dans sa tête. S’il y a quelque chose qui ne va pas, je veux savoir pourquoi et surtout comment régler le problème. Moi, je suis toujours en mode solution. Ma job c’est de régler des problèmes, de gérer le budget et d’être au courant de tout ». Romane a d’ailleurs raconté plusieurs anecdotes où elle s’est battue jusqu’à la toute fin dans le but de donner vie à la vision de Justine comme une fois où leur comédienne principale a dû annuler sa présence la veille du tournage. Après des heures et des heures de recherche assidue, elle a dû se rendre à l’évidence qu’elle ne serait pas en mesure de trouver une jeune fille du même casting que celui désiré par Justine. À entendre sa voix et la manière dont elle en parle, on voit que la situation lui tenait sincèrement à cœur et qu’elle a tout fait pour tenter de régler la situation.


« Tu te dis OK c’est un projet d’école, mais quand t’embarques en cinéma, tu réalises que c’est pu un projet d’école. C’est un projet de vie qu’on veut faire naître à tout prix. » - Romane et Justine.


Des projets décalés : une collaboration éclatée


Le premier projet sur lequel Romane et Justine ont travaillé ensemble est un court-métrage intitulé La mort d’Elvis, et a d’ailleurs été sélectionné pour la deuxième édition du Festival Émergence, qui se tiendra du 15 au 18 avril prochain : « C’est l’histoire d’un père et de son fils, qui font des compétitions d'imitateurs d'Elvis Presley un peu partout au Québec, et ils ne sont honnêtement pas très bons. Steve, le fils, vit un peu dans l’ombre de son père. Un soir, après une compétition où leurs résultats n’étaient pas excellents, Steve décide de confronter le gagnant du concours qui gagne presque chaque compétition, et duquel ils sont très jaloux, dans le but de gagner la reconnaissance de son père. Tout ça dans un univers décalé, absurde, voire comico-dramatique ! Disons qu’on joue avec quelque chose d’un peu plus éclaté et décalé... », explique Justine. Romane ajoute ensuite « Ça se passe beaucoup dans l’image et les costumes, c’est vraiment funky. À un moment donné, il y a une chicane entre deux des protagonistes, et il y en a un qui est encore habillé en Elvis. C’est super absurde, mais la discussion qu’ils ont ça relate un fait hyper réel. T’sais, tu te chicanes avec ton père parce qu’il prend trop de place, c’est quelque chose qui est déjà arrivé à plein de gens ! » Le film a d’ailleurs été sélectionné pour deux autres festivals, qui seront bientôt annoncés sur les réseaux sociaux des deux cinéastes.

Elles ont aussi travaillé sur le vidéoclip d’une jeune artiste émergente nommée Malade à l’été 2020, puis sur la création de leur film de fin d’études, dès cet hiver. Sept jours de tournage ont été nécessaires afin de tourner le court-métrage d’une vingtaine de minutes, le plus gros projet sur lequel elles ont travaillé jusqu’à maintenant. Romane a d’ailleurs créé sa boîte de production nommée les Productions Tannante, afin de regrouper ses projets, dont la réalisation d’un nouveau vidéoclip sorti tout récemment, sur lequel elle a également travaillé avec Justine. Il s’agit d’une vidéo pour la chanson Faits d’hiver du rappeur québécois Fredz.

Voici le vidéoclip de Faits d’hiver de Fredz, réalisé par Justine Prince et produit par Les Productions Tannante.


Une complicité qui ne s’invente pas


Alors qu’il peut être difficile pour certaines personnes de passer autant de temps ensemble, les deux filles n’ont que d’éloges l’une envers l’autre. Ce que Justine préfère de leur collaboration, c’est que : « Je peux lui faire complètement confiance. Comme dans la situation dont elle a parlé plus tôt, quand elle m’a annoncé qu’elle ne pourrait pas trouver une comédienne entrant parfaitement dans mon casting, je savais que c’était parce qu’elle avait tout essayé et que c’était juste impossible. Je suis aussi une personne très insécure et Romane est très rassurante. Elle est super assidue et travaille vraiment bien. Elle sait baisser la tension quand on est stressé. »


Romane continue en expliquant « On est quand même très complémentaires et je pense que c’est pour ça que ça fonctionne autant bien. Moi, je suis plus hyperactive, je parle, je parle, je parle et Justine est posée et dans sa tête. À force de travailler ensemble, on est arrivé à bien se comprendre. La mort d’Elvis, c’était le fun, mais si on refaisait ce projet-là, maintenant qu’on se connait autant, ça ne serait vraiment pas la même game. Il y a plein de choses qu’on ne savait pas. J’avais travaillé fort parce que c’était mon premier projet et je voulais faire mes preuves, mais aujourd’hui je travaille fort parce que j’aime ça et que ça devient mon projet aussi. » Elle ajoute qu’elle adore l’imaginaire de Justine, et qu’elle a parfois l’impression de manquer d’objectivité tellement elles sont proches. Elles se qualifient d’ailleurs chacune comme étant la plus grande fan de l’autre. Romane insiste également sur la reconnaissance de Justine, une qualité fort importante.

Voici le vidéoclip de la chanson Blindfolded de Malade, réalisé par Justine Prince et produit par Romane Boisclair-Choquette.


Leurs conseils, si tu hésites à te lancer en cinéma


Justine n’hésite pas une seconde pour son principal conseil : « Moi, ce serait de te faire confiance, surtout au début. Tu peux facilement te faire revirer de bord, mais il faut pousser un peu, se faire confiance et ne pas trop douter de soi-même ! Il faut aussi être capable d’écouter et de changer des trucs, parce que surtout à notre âge, si on se prend déjà la tête, on peut rentrer dans un mur vraiment rapidement. Donc de prendre la critique, mais de quand même te faire confiance et d’arriver à trouver la ligne entre les deux. Et aussi, un conseil plus concret : de te mettre avec des gens meilleurs que toi, j’observe beaucoup et c’est comme ça que j’ai appris, en regardant les autres faire. C’était intimidant, mais je me suis amélioré grâce à ça. »


Romane continue dans la même lancée : « Je dirais de croire en ton travail, parce que ce que j’ai appris en cinéma, c’est que rien n’est impossible. Si tu veux le faire, tu vas le faire. Tu vas prendre les moyens du bord, ça ne va pas toujours donner le meilleur résultat, mais il n’y a jamais rien d’impossible. Il faut juste que tu cherches et que tu utilises tes ressources. Je regarde La mort d’Elvis et je me dis, voir qu’on a réussi à faire ça avec les ressources qu’on avait. Next thing you know, on est pris dans trois festivals ! C’est hot, on ne s'attendait pas à ça quand on a commencé. Donc c’est vraiment de persévérer. Au bout du compte, tu vas l’avoir ton résultat, pis tu vas en être fière, parce que tu vas avoir persévéré. »


Pour conclure, à quelques mois de recevoir leurs diplômes, les deux passionnées du cinéma espèrent sincèrement continuer à travailler ensemble et ont même quelques projets communs qui arrivent bientôt ! À voir leur complicité et tout le potentiel de leurs talents, une continuation de leur collaboration ne pourrait être que bénéfique pour le bien des amateurs de cinéma qui pourront profiter du fruit de leur travail !


Pour suivre Romane Boisclair-Choquette ou encore pour la contacter, voici le compte Instagram de sa boîte de production, les Productions Tannante. Voici le lien vers le Vimeo de Justine Prince, afin de visionner ses nombreux projets. Vous pouvez également la contacter à cette adresse courriel : justine.prince@outlook.com.

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