SÉRIE - ENTREVUE AVEC LES LAURÉATS 2021 : Rafaël Beauchamp

La deuxième édition du Festival Émergence, qui s'est tenue du 15 au 18 avril dernier, a donné lieu au couronnement de plusieurs films, tous réalisés par de jeunes cinéastes québécois.es talentueux.ses. Les films étaient divisés par catégories, allant de la fiction à l'expérimental, en passant par l’animation et le documentaire. C’est pourquoi, au cours des prochains mois, nous vous présenterons chacun.e de ces cinéastes, afin de vous permettre de les découvrir et de les apprécier autant que nous.


Le premier entretien de cette série s’est déroulé avec Rafaël Beauchamp, réalisateur et scénariste du film La Crise, lauréat du meilleur court-métrage fiction. C’est avec passion qu’il m’a expliqué que son désir de faire du cinéma était en lui inné, puisque d’aussi longtemps qu’il se souvienne, raconter des histoires lui était naturel. Que ce soit pour sa petite sœur ou à l’école grâce au théâtre, c’est ce qui l’a mené à choisir le baccalauréat en cinéma de l’UQAM, après un DEC en sciences de la nature. Originaire de Québec, il a déménagé à Montréal dans le cadre de ses études, où il a réalisé deux films, le premier étant La Crise. Ayant entendu parler du Festival Émergence sur les réseaux sociaux, mais également par ses collègues étudiants, il a décidé d’envoyer son film, afin de se faire un nom en festivals. Le court-métrage a d’ailleurs également remporté de prestigieux prix dans une dizaine d’autres festivals au Québec et dans le monde, et a aussi été projeté aux Rendez-vous Québec Cinéma.

Photo : Scène de La crise. Courtoisie : Rafael Beauchamp


La Crise : « un moment de douceur dans un climat de guerre »


L’inspiration de Rafaël pour ce film venait d’une expérience bien spécifique : « Je viens de Québec, et lors de mon premier été à Montréal, j’ai décidé de ne pas retourner chez mes parents et de rester à mon appartement même si mes colocs n’étaient pas là. J’avais 19 ans et je me suis dit que j’étais un ‘’assez grand garçon’’ pour rester tout seul, mais finalement j’ai beaucoup souffert de solitude pendant cet été-là. Rendu à l’automne, quand il fallait écrire un scénario, j’avais envie d’écrire quelque chose en lien avec la solitude. »


La crise est un court-métrage qui se déroule en plein cœur de la crise d’octobre en 1970 : « C’est le seul moment de l’histoire du Québec où on a vécu une situation se rapprochant d’un climat de guerre, donc d’incertitude absolue, de méfiance et même de violence. Et je pense que je suis un peu romantique dans la vie, donc je voulais raconter une histoire très intime. »


La crise, c’est donc l’histoire de Carole, une femme au foyer bien solitaire pendant la crise d’octobre. Elle utilise la visite d’un vendeur à domicile pour tenter de quitter sa solitude et sa vie de misère, l’espace d’un instant.

Photo : Scène de La crise. Courtoisie : Rafaël Beauchamp


Recréer un climat d’époque : un défi relevé haut la main


Alors que plusieurs de ses projets se déroulent dans les décennies antérieures, Rafaël explique qu’il aime beaucoup les films d’époque : « Il y a une espèce de romantisme et de nostalgie dans l’univers d’époque. J’ai vécu toute mon enfance avec mon grand-père qui me racontait des histoires de l’ancien temps, et il y a quelque chose qui vient me chercher dans ces histoires-là. Il y a aussi le côté politique et social qui rend le tout plus riche. »


Afin de bien réussir à recréer l’image et l’ambiance des années 70, Rafaël mentionne qu’il n’aurait pu y arriver sans le travail précieux d’Alexanne Brisson, directrice artistique et Myriam Payette, directrice photo. Il pense d’ailleurs que l’esthétique est l’une des plus grandes qualités du film : « Je me suis dit que pour être certain d'avoir les moyens de nos ambitions, il fallait placer l’histoire dans un huis clos, donc on a épluché des tonnes d’annonces de bungalows, et on est tombé sur une perle rare qui était un vieux bungalow pas rénové à vendre dans Saint-Léonard. Le proprio a accepté de nous le louer, et ça tombait bien, car quelques mois plus tard, il allait être remis à neuf. Ensuite, ça a été de louer des meubles d'époque et de trouver des costumes parfaits. D’ailleurs c’est Laurence Girard qui s’en est occupée, superbe costumière ! J’étais vraiment bien entouré. »

Photo : Courtoisie : Rafaël Beauchamp


Un premier film financé à 23 ans


De plus, son court-métrage Les battues a également remporté le Grand Prix à Cours écrire ton court, organisé par la SODEC. Ce concours de scénarisation permet à sept finalistes de participer à trois semaines d’ateliers dirigés par des professionnels du milieu, donc faire partie de cette cohorte est déjà une grande réussite : « En plus, le ou la gagnante du grand prix remporte 130 000$ pour réaliser son premier film subventionné. Je voulais absolument participer chaque année, pour espérer être sélectionné d’ici mes 30 ans. J’ai décidé de m’essayer tout de suite et j’ai été finaliste. Je me suis dit ‘’ Voyons donc, ça n’a pas de sens !!’’ Et il y a un mois, j’ai appris que j'avais aussi gagné le grand prix. C’est complètement timbré ! » Cette opportunité lui permet donc d’avoir un premier film financé, tout juste après sa sortie des bancs d’école, il y a un an. Il entame d’ailleurs la préproduction de celui-ci.


Les battues est un thriller hivernal qui raconte « l’histoire d’une femme, Luce, qui est une mère confrontée à la disparition de son petit garçon. Ça se passe dans un petit village au Québec et des battues sont organisées pour retrouver le disparu. Trois chasseurs viennent voir Luce pour lui dire qu’ils ont trouvé le présumé agresseur, car tous les indices pointent vers lui. Ils lui offrent donc de se venger en le traînant dans la forêt, alors le petit groupe s’enfonce dans la nature. C’est un scénario qui parle de la vengeance populaire et des gens qui s’approprient les drames des autres. »


Des prochains mois bien remplis


Alors qu’il vient tout juste de remporter les éloges au Festival Émergence ainsi qu’à Cours écrire ton court, Rafaël travaille déjà sur plusieurs nouveaux projets, dont un nouveau court-métrage qu’il coécrit et coréalise avec sa copine Justine Martin : « Ça raconte l’histoire d’un vieil homme qui conduit des camions pour transporter des cochons vers l’abattoir, et il a une tradition qu’il ne dit pas à son employeur : entre la ferme et l'abattoir, il offre un dernier moment de bonheur et de belle vie aux cochons, pour leur donner un dernier soubresaut de vie et aussi pour une autre raison...qui sera dévoilée à la fin du film. »


Il prépare également des dépôts pour un vidéoclip et il désire chercher du financement pour une web-série, Harmonie, une comédie noire se déroulant dans les années 70 : « C’est un curé qui se rend compte qu’il y a de moins en moins de gens qui viennent à l’église. Il va donc organiser des soirées de luttes dans le sous-sol de l’église les derniers dimanches du mois. Et ce dimanche-là, il va annoncer un combat de boxe, donc non stagé, qui va opposer deux parents en plein divorce. Et le parent qui va gagner le combat va aussi gagner la garde de la petite fille du couple. C’est une façon ludique de revisiter le divorce de mes parents. »


Bref, vous devriez garder le nom de Rafaël Beauchamp à l’esprit, car il est clair que nous n’avons pas fini d’entendre parler de lui ! Vous pouvez retrouver ses projets et le contacter ici :


Vimeo : https://vimeo.com/user78633946

Adresse courriel : rafabeauchamp@gmail.com

Instagram : https://www.instagram.com/rafaelbeauchamp


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