L’ART D’ÊTRE COLORÉ, DE PROVOQUER, DE CHOQUER, MAIS, AVANT TOUT L’ART DE BRISER LES CONVENTIONS


Photo: Daisy Wood

Le monde des drags queen est en vogue ces temps-ci sur nos écrans. Que ce soit avec la populaire émission de RuPaul sur Netflix ou avec notre vedette nationale Rita Baga qui se présente dans plusieurs téléréalités québécoises, nous apercevons vraisemblablement plus de drags queen maintenant qu’il y a 10 ans. Et je clame que c’est une bonne chose. Toutefois, il me semble important de démystifier le monde de la drag et de le comprendre davantage. Parce que la drag est un monde coloré, parfois provocateur et exagéré, ils sont plus facilement exposés à des préjugés. C’est une des raisons pour laquelle je me suis entretenue avec Daisy Wood, drag queen du Cabaret Mado sur la rue Saint-Catherine dans le village gai. Je voulais défaire les préjugés et les stéréotypes avant tout. Après, je voulais savoir ce qu’elle voulait pour le monde de la drag, comment elle le percevait et comment elle le projetait dans l’avenir du showbiz québécois. Sur ce, je vous fais part de ma conversation chaleureuse avec cette artiste complète et pétillante qu’est Daisy Wood alias Susie, mon amie.


« Les drags Queens sont les clowns pour les adultes »

Mais bien au-delà des clowns, les drags queen ou les drags king (oui oui, ça existe) sont avant tout des artistes à part entière. Ils ont des histoires et des messages à véhiculer. Ils sont des passionnés de leur métier et de leur personnage. Ils veulent briser les conventions, se réapproprier les clichés et défaire les limites imposées par la société. Ils sont polyvalents et complexes. Complexes, car le monde de la drag relève de plusieurs domaines, que ce soit en humour, en théâtre, en chant, en danse ou en impro ! Faire de la drag c’est très complexe et ça demande beaucoup de talent. Vous n’avez qu’à faire un tour au cabaret Mado (en temps non pandémique bien sûr) pour vous faire livrer un spectacle flamboyant aussi drôle que brillant, rempli de fougue, de pétillant, de couleurs et d’extravagance. Un spectacle de drag c’est comme une bonne bouteille de bulles, c’est explosif au début et ça garde toujours son effervescence, ses bulles jusqu’à la dernière goûte.


« D’où le mot DRAG, DRess as A Girl »

Photo: Daisy Wood

Historiquement, le monde de la drag prend son essence des hommes! Les hommes gais et queers qui, dans un monde un peu méprisé, sentaient le besoin de s’exprimer dans un espace sans jugement. Les cabarets permettaient de faire des spectacles et de se déguiser comme ils le voulaient. Les cabarets drags donnaient l’opportunité à ces hommes de revendiquer leur droit d’être gai et le droit de s’habiller comme une femme. L’histoire du drag remonte aussi jusqu’au 17e siècle. À cette époque, les femmes n’avaient pas le droit de monter sur scène. Ainsi, les hommes se déguisaient en femme pour jouer le rôle féminin au théâtre. Ils sont en quelque sorte les cousins éloignés des drags d’aujourd’hui. Car même si une drag aujourd’hui peut ressembler (et est en majorité) un homme qui se déguise en femme, le monde de la drag est rendu beaucoup plus inclusif. Autant femme et homme peuvent se déguiser en homme (drag king) ou en femme (drag queen). La drag s’adresse à tout le monde et à tous les sexes (femme, homme, non-binaire). L’art de la drag, aujourd’hui, c’est l’art de se créer un personnage, l’art de jouer un personnage, d’y ressembler et l’art de le faire vivre. C’est rendu beaucoup plus grand et complet.

Le monde de la drag est en effet beaucoup plus ouvert autant au niveau de ses artisans que de ses spectateurs. De plus en plus de gens de tous âges et de tout genre entrent dans les cabarets de drags. Toutefois, ces artistes doivent, encore aujourd’hui, se battre pour faire reconnaître et respecter leur art. Pour pouvoir ressembler à un homme, à une femme ou à un personnage, laissez-moi vous dire que ça prend du temps, mais aussi de l’argent. Durant l’entrevue, Daisy m’a avoué que pour se maquiller, se coiffer, installer ses perruques, ça lui prenait environ deux à trois heures. En plus de performer sur une scène, de danser, de chanter et de divertir une foule, les drags sont aussi d' excellents artistes maquilleurs et coiffeurs. Ils se déguisent eux-mêmes, se maquillent eux-mêmes, se créent eux-mêmes. Ils sont des autodidactes à l’état pur.


« Les drags sont autonomes, mais leur parcours est souvent difficile et rocambolesque »

Photo: Daisy Wood

Dans l’entrevue, Daisy m’a avoué que le salaire des drags n’a pas augmenté depuis les années 70’s 80’s. Elle m’a aussi dit que pour percer et faire de la drag un métier vivable, il faut se démarquer et être un businessman, mais surtout avoir des contacts. Malgré cela, les drags continuent d’être passionnées par leur métier. La drag c’est un art, un talent, mais c’est aussi une passion. Ainsi, elle m’a dit à la fin de l’entrevue qu’elle souhaitait plus d’amour, plus de respect et plus de visibilité pour le monde de la drag. Et aussi un meilleur salaire. On la comprend.


Et les drags au cinéma ?

En discutant longuement avec Daisy, j’ai voulu aussi savoir sa position envers les drags au cinéma. Ont-ils leur place ? Veulent-ils être présents au cinéma ? En 2021, dans le monde cinématographique québécois, on parle plus que jamais de diversité à l’écran, des différences, des injustices. Et bien, pour moi les drags queen et les drags king représentent tout ce qu’on caractérise de diversité. Ils sont l’exemple parfait que tout le monde peut bien être qui il veut dans la réalité ou à la télévision. Daisy m’a gentiment répondu à la question plus haut, que les drags ont leur place au cinéma québécois, qu’ils sont des agents de créativité, des inventeurs de blagues, d’excellents chroniqueurs. « Les drags aiment ça, être à la télévision ». Elle ne doutait pas une minute que les drags pouvaient percer comme des vedettes au cinéma. « Mais encore là faut-il qu’on nous donne la chance ». Daisy m’a souligné le peu de demandes et d’occasions de la part de l’univers du cinéma. Pourtant, la drag est tellement sans limites et fictionnelle, remplie de surprises et de couleur que le cinéma pourrait amplement se surpasser en intégrant plus de drags dans ses caméras.


En attendant de voir plus de drags dans les cinémas et avant que les cabarets réouvrent, je vous laisse sur quelques œuvres cinématographiques mettant en vedette les drags :

  • Priscilla, folle du désert, disponible sur Prime vidéo ou ICI. TOUT.TV extra

  • Trixie Mattel : moving parts, disponibles sur Netflix.

  • AJ and the Queen, disponible sur Netflix

  • Female trouble, disponible sur YouTube Premium.

  • Ils de jours, elles de nuit, disponible sur ARTV.ICI


Photo: Daisy Wood

Bref, j’espère que vous êtes déjà plus éclairés sur le monde de la drag, que vous y êtes plus ouverts. Je souhaite grandement à ce monde effervescent de s’émanciper, de s’épanouir et d’être de plus en plus présent dans nos écrans québécois. Je pense que chacun d’entre nous gagnerait à essayer de trouver sa drag en elle, ce personnage fou sans limites qui est à l’image de chaque créativité humaine.


Sur ce, à une prochaine fois (au cabaret Mado, je l’espère).


Audrey.

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