INCURSION DANS LE MYSTÉRIEUX MONDE DE LA POST-PROD

Âgé de 24 ans seulement, Nicolas Michaud a déjà un parcours impressionnant. Ayant quitté sa France natale dans le but de poursuivre ses études au Québec, il est aujourd’hui Compositeur VFX chez Rodeo FX, une compagnie internationale d’effets visuels numériques basée à Montréal, possédant également des bureaux à Québec, Munich et Los Angeles. Il a accepté de nous accorder une entrevue, afin de nous faire découvrir le mystérieux monde de la postproduction télévisuelle et cinématographique.

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Pour commencer, quel est ton parcours professionnel ?

« Lorsque j’avais 18 ans, j’habitais toujours en France et je venais de terminer mon Lycée, qui est l’équivalent d’un Diplôme d’études collégiales préuniversitaire. C’est à ce moment que je suis partie au Québec pour faire ma Technique en Art et technologie des médias (ATM), profil Production et postproduction télévisuelles au Cégep de Jonquière. Quand j’ai commencé, à l’automne 2014, j’hésitais entre me spécialiser en production ou en postproduction, mais j’ai finalement décidé d’aller en postproduction puisque j’aimais beaucoup faire du compositing.[1] [2] J’ai donc décidé de faire un stage dans cette discipline à la fin de ma troisième année, en 2017. Je suis allé chez Oblique FX cinq semaines et j’ai ensuite été engagé. Alors que j’étais avec eux, j’ai eu l’opportunité de faire une formation chez NAD - École des arts numériques, de l’animation et du design, afin de peaufiner mes compétences dans le domaine. Je suis resté chez Oblique FX un peu plus d’un an et demi, jusqu’en décembre 2018. J’ai ensuite été engagé chez Rodeo FX en janvier 2019 et j’y suis encore aujourd’hui. Cet emploi me permet de travailler sur de plus gros projets internationaux. »


La postproduction est un domaine parfois peu connu par le commun des mortels, peux-tu nous expliquer ce que c’est ?

« Quand on décortique le mot, on a post, qui veut dire après et production, donc après la production. Dans un film tu as la préproduction, donc préparer le film, la production, qui est le tournage, et la postproduction, qui est après le tournage : Il y a le montage visuel et sonore, l’assemblage des plans pour créer un premier montage sans effet, et après, les plans qui ont besoin d’effets seront envoyés dans les entreprises d’effets visuels, comme l’entreprise où je travaille. Mais la postproduction c’est aussi la correction des couleurs, le mixage sonore, le motion design, le générique, bref, c’est là que tout est ajouté. »



Peux-tu nous expliquer en détail quel est ton poste et en quoi consistent tes tâches chez Rodeo FX ?[2]


« Je suis compositeur VFX. Ce que je fais, ça s’appelle du compositing, donc on peut dire que je suis Agrégateur de contenus visuels. Mon travail est de prendre plusieurs éléments, de les mettre ensemble et de les intégrer pour que ça marche et que ce soit photoréaliste. Par exemple, sur Jumanji : The next level, j’avais un plan où Dwayne Johnson était filmé devant un fond vert. Quelqu’un avait préalablement fait un désert, et moi, je prenais ce fond, je prenais le plan de Dwayne Johnson en enlevant le fond vert, et après, j’ajoutais le désert en arrière. Je devais aussi ajouter une tempête de sable en 3D, qui m’avait préalablement été envoyée. Il fallait donc que j’assemble ces trois éléments et que je les intègre pour qu’ils s’agencent ensemble. Il fallait ajuster les couleurs et la manière dont la tempête de sable réagissait à Dwayne Johnson, dans le but que ce soit photoréaliste. Je fais aussi le contrôle technique aussi appelé contrôle qualité. Je vérifie donc le format et la durée des plans, j’effectue le contrôle des couleurs, je m’assure qu’il n’y a pas de pixel qui ne marche pas et aussi qu’on ne voie pas encore du vert, etc. Les plans s’en vont ensuite en correction couleur. Cette étape sera effectuée par une autre entreprise. »


Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler dans ce domaine ?

« Depuis que je suis jeune, j’ai toujours aimé le cinéma et l’audiovisuel. Je faisais des vidéos avec mes amis et c’est pourquoi j’ai décidé d’aller en ATM. Quand j’ai commencé, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire, je me disais que je serais réalisateur… Mais après, en découvrant les gens qui faisaient des effets et du montage, et quand les professeurs m’ont fait découvrir la postproduction, j’ai vraiment accroché puisque c’était magique. Ils partaient de rien et arrivaient à un résultat époustouflant. Et moi je voulais faire ça, idéalement en travaillant sur de grosses productions. »


Qu’est-ce que tu préfères dans cet emploi ?

« Ce que je préfère c’est qu’on me donne des plans de plus en plus difficiles. J’adore avoir la possibilité de toujours aller plus loin et de repousser mes limites. Parfois, tu peux passer des semaines sur un seul plan qui dure à peine 10 secondes. Ça a été un gros défi, ça a été difficile, il y a eu des hauts, des bas, tu as intégré beaucoup d’éléments 2D, 3D et à la fin, quand tu regardes le résultat, tu es fier de le voir et c’est ça que j’aime. Avoir aussi mon nom dans des génériques ça me rend fier et mes parents aussi ! »


Quel est le plus grand défi que tu as relevé dans le cadre de ton emploi ?[3]


« Quand je suis arrivé chez Rodeo FX, j’ai été mis sur un projet où c’était le rush, c’est-à-dire qu’il fallait vraiment finir le film le plus rapidement possible car la date limite arrivait à grands pas. Le film s’appelle Crawl, c’est un film horreur / survie, avec des alligators en Floride. C’est d’ailleurs le film préféré de Tarantino en 2019. Moi, j’étais embauché en tant que junior, mais sur le projet, on m’a donné des plans d’artiste intermédiaire. J’ai accepté parce que c’était un beau défi et que j’étais content de travailler sur des alligators en 3D avec des grands environnements à intégrer. C’était filmé dans un studio en Serbie, où il y avait des fausses façades de maisons et de l’eau partout, avec un fond bleu en arrière. Il fallait ajouter l’environnement extérieur, du vent, des arbres, de la pluie, des alligators, etc. C’était nouveau pour moi d’intégrer autant de choses et il fallait vraiment que ce soit photoréaliste. En plus, c’était mon deuxième mois dans l’entreprise donc je devais faire mes preuves. Ça a été un grand défi pour moi, mais j’y suis arrivé et le superviseur a été très satisfait. »


Quel a été le plus gros défi dans l’adaptation à la situation de pandémie ?

« Pendant le confinement, nous devions livrer une grosse série qui s’appelle Lovecraft Country. On avait plus de 1000 plans et c’est le plus gros projet sur lequel Rodeo FX a travaillé. Ça a été fait majoritairement à distance et c’est dingue qu’on ait tous réussi à livrer ça à partir de chez soi ! »


Sur quelles productions québécoises as-tu travaillé ?[4]

« Quand j’étais chez Oblique FX, j’ai majoritairement travaillé sur du Québécois. Mon premier projet était Les rois mongols, qui est basé sur un livre et j’étais super content de travailler dessus ! J’ai aussi travaillé sur une grosse production québécoise, Junior majeur. C’est drôle, j’aurais aussi pu être figurant sur ce film puisqu’il a été tourné en partie au Cégep de Jonquière lors de ma dernière année ! J’ai aussi travaillé sur la série québécoise anglophone The Disappearance ainsi que deux autres séries diffusées à Radio-Canada : Olivier et Demain des hommes, cette dernière qui se passe dans l’univers du hockey. »


Tu as parlé de plusieurs productions internationales sur lesquelles tu as travaillé, veux-tu nous en dire plus ?

« Le premier film international sur lequel j’ai travaillé, c’était un film français qui s’appelle Dans la brume. C’est un film qui se passe à Paris et où une brume tueuse remplit les rues de Paris. Après, il y a eu Shazam!, un film de super-héros, Crawl, dont j’ai parlé plus tôt avec les alligators et The Aeronauts, qui est un film Amazon Prime Video. Il y a aussi eu Jumanji : The next level, qui est une très grosse production, les séries Watchmen et Lovecraft Country, qui sont deux productions de HBO. »


Sur quelle série et sur quel film as-tu préféré travailler ?


« La série sur laquelle j’ai préféré travailler est Watchmen. J’ai majoritairement travaillé sur l’épisode 6, qui se passe dans le passé et il fallait faire beaucoup de transitions seemsless, c’est-à-dire des transitions qui ne se voient pas. J’ai passé 9 jours sur une transition et ça a été un très beau défi ! J’ai même dû cloner un chien ! Mon film préféré a été Jumanji, puisque c’était un gros titre, puis j’avais The Rock sur mon écran, ce qui est assez impressionnant ! En plus, mes plans étaient super intéressants. »


Peux-tu nous révéler des secrets de postproduction qui vont vraiment nous surprendre ?

« Une chose qui surprend vraiment et à laquelle personne ne s’attend, c’est qu’il y a énormément de Beauty fix dans les films. On peut enlever des boutons, des doubles mentons, enlever des poches sous les yeux, remonter des fessiers, plein de choses comme ça. Il y a aussi un grand nombre d’acteurs qui portent des perruques, que ce soit des hommes ou des femmes. Le truc, c’est que souvent, ils ont la marque du maquillage qui reste dans le front, donc il faut l’effacer. En compositing, on fait aussi souvent des transitions qu’on ne voit pas. C’est-à-dire mettre deux plans ensemble et faire en sorte que ça ne fasse qu’un seul plan et ça ne se verra jamais ! Comme dans le film de guerre 1917, qui est un long plan séquence, mais il y a plein de coupures dans le tournage. Les plans ont juste été mis ensemble pour que ça marche. J’ai déjà fait ça sur Watchmen, par exemple. De nos jours, on utilise de plus en plus de fonds verts pour pouvoir ajouter ce que l’on veut derrière les acteurs. Que ce soit d’étendre une rue, d’ajouter des planètes et des astéroïdes ou un simple ciel, on peut créer n’importe quel univers afin de le placer derrière les protagonistes. Aussi, maintenant, beaucoup de choses sont en 3D. Des éléments que tu ne pensais même pas, d’une voiture au premier plan, en passant par une moustache ou du gazon ! C’est maintenant très répandu de recréer des objets ou même de vraies personnes en 3D telle que la princesse Leia récemment dans Star Wars, ou Paul Walker dans Fast & Furious. Ça coûte moins cher de créer une foule en 3D que de payer 2 000 figurants et c’est aussi beaucoup plus facile à organiser. »

Quels conseils donnerais-tu à une personne qui veut faire de la postproduction dans la vie ?

« Je dirais de s'intéresser au cinéma et aux effets visuels, mais surtout, d’être persévérant et de garder la tête haute, même si ce n’est pas toujours facile. Il y aura des hauts et des bas, surtout quand tu commences et que tu es junior, il faut s’accrocher et surtout ne pas hésiter à demander à être challengé, à demander des plans difficiles et à demander de l’aide, parce qu’on a beau aller à l’école, on apprend encore plus sur le terrain. Aussi se faire des amis et des contacts, c’est super important, et toujours prendre des notes ! »


Et finalement, quels sont tes projets futurs ?

« Je dirais de continuer sur ma lancée, c’est bien parti. Et pourquoi pas devenir superviseur par la suite et travailler sur des plus gros titres comme Star Wars ! »


Pour voir tous les projets sur lesquels Nicolas Michaud a travaillé, vous pouvez consulter son profil IMDb juste ici.

[1] Source photos : Cégep de Jonquière [2] Source image : Forbes [3] Source photo : IMDb [4] Source photos : IMDb, cinoche.com et Québec Amérique

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