Discussion avec Ricardo Trogi : Réaliser au temps de Netflix et conseils pour la relève


Source de la photo : Le Devoir


En janvier dernier, j’ai eu la chance de rencontrer un réalisateur québécois fort sympathique avec qui j’ai engagé une discussion sur l’avenir du milieu du cinéma. Il s’agit de nul autre que Ricardo Trogi! Cet échange enrichissant nous a amenés sur la piste de la fameuse question de Netflix, un gros joueur de l’industrie dont il est difficile de faire abstraction de nos jours. Petite mise en contexte : son film 1991 apparu en 2018 est maintenant diffusé sur la populaire plateforme numérique. Cela est remarquable lorsqu’on constate qu’à peine une dizaine de films québécois se retrouvent sur Netflix. Est-ce que Netflix est un objectif réalisable, mais aussi souhaitable? Suivez-nous dans ces réflexions! Il m’a également donné quelques conseils pour vous : la relève! Allons-y!

1. Avoir l’un de vos films sur la plateforme était l’un de vos objectifs ou plutôt une complète et agréable surprise?

Ricardo a approché cette question en retournant à l’étape de distribution qui est au cœur du processus de l’industrie cinématographique une fois un film terminé. C’est un maillon de la chaîne qui ne change pas vraiment, peu importe si le film a pour but d’aller plutôt sur les plateformes numériques au lieu des salles traditionnelles. Le réalisateur d’un long-métrage est consulté, bien évidemment, surtout pour ce qui est de l’affiche et de la présentation du plan marketing global. Par contre, les directions que prennent le film sont guidées par une équipe extérieure à lui qui a pour objectif d’assurer une certaine pérennité de l’œuvre. Il m’a aussi raconté que parfois, avec 1981 et 1987, ça arrivait qu’il découvrait que son film était diffusé dans un pays d’Europe doublé dans une langue qu’il n’aurait jamais cru et ce, sans même le savoir. Il trouve cela fantastique et amusant en même temps.

La diffusion en salle est toujours l’une des priorités, car il y a une volonté, soulevée particulièrement par les organismes de subventions comme la SODEC et Telefilm Canada, de continuer à faire découvrir le cinéma québécois à son public. Il m’explique que maintenant, avec cette ère nouvelle et les différentes méthodes de consommation des gens, ça arrive qu’un film passe sur Netflix dès la fin de son parcours en salle. C’est le cas entre autres de son nouveau film avec Louis Morissette intitulé Le Guide de la famille parfaite qui paraîtra cet été.

« C’est la première fois que ça arrive. »

Source: Les Films Opale

2. Quels sont les défis entourant l’arrivée d’un film sur Netflix?

Ricardo explique que de nombreux détails doivent être réfléchis à l’avance, voire même dès l’étape de production, si l’œuvre a pour but d’être diffusée sur Netflix. Par exemple, le coût des droits musicaux augmentent considérablement lorsque le film est présenté aux États-Unis. Il faut donc que le producteur s’assure que ce soit rentable avant de prendre la décision ou d’inclure cette dépense dès la confirmation que le film est acheté par Netflix. Comme il le confirme : « Maintenant, on le sait déjà en amont, on peut préparer le coup, si le film doit se promener internationalement. »

« C’est sûr que pour un créateur, c’est l’fun

d’avoir le plus de gens possible. »

Il croit aussi que les propriétaires des salles vont peut-être penser à un nouveau modèle d’affaires pour suivre cette tendance toujours grandissante du visionnement en ligne. Et pour garder le contenu québécois actif, Netflix devrait produire lui-même des œuvres québécoises, investir plus ici! Il voit aussi un grand potentiel en ce qui concerne les œuvres plus nichées qui peuvent avoir un rayonnement grâce à l’accès en ligne.

3. Sentez-vous une différence avec votre rapport au monde en tant que créateur avec 1991 maintenant disponible à l’international?

Ricardo m’explique le sentiment chaleureux qu’il a lorsqu’il reçoit des messages de personnes non-francophones sur les réseaux sociaux quand ceux-ci ont apprécié le film. Certains d’entre eux tombent sur celui-ci par hasard et Ricardo trouve que cette opportunité de visibilité est belle.

En avançant sur l’hypothèse d’une future carrière internationale, il m’a répondu :

« Mon rêve ultime était d’écrire quelque chose.

De le scénariser, de le réaliser et que des

gens le regardent. Et ça je l’ai atteint

alors je suis très heureux et accompli. »

Ce n’est donc pas pour lui une priorité pour l’instant. Il a eu quelques opportunités auparavant de travailler dans le milieu anglophone, mais sa priorité reste plutôt d’écrire des projets dans son parlé à lui. Il a commencé au Québec et il veut finir ici. Il se trouve très chanceux de faire ce qu’il fait.

4. Avez-vous quelque chose à dire à la relève? À ceux qui veulent devenir réalisateurs?

L’une des premières choses qu’il m’a dites est : « Vous avez au bout de vos doigts tout pour y arriver ». Il poursuit en expliquant qu’il est tout à fait possible d’écrire un scénario en début de semaine et de le filmer quelques jours après seulement. C’est encore plus simple avec les nouvelles technologies, même avec un téléphone cellulaire on peut y arriver!

« Il reste juste à savoir si les gens ont des idées.

C’est toujours la base de toute l’affaire. »

Selon lui, la plus grande qualité que peut avoir un jeune réalisateur n’est pas nécessairement le talent (même si ça ne nuit pas comme il me mentionne, hihi!) mais bien la détermination. Il faut que l’idée avance et aboutisse. Il m’a raconté une anecdote de moments quand lui, étant jeune, quittait des partys en plein milieu de la soirée parfois parce que l’envie d’écrire l’habitait trop. Il a réalisé une dizaine de courts-métrages en les auto-produisant pour ne pas stagner et faire quelque chose sans attendre des mois pour des subventions. Il contactait plutôt ses amis et venait à bout de ses idées. Il ne faut pas « sticker » sur le fait de produire un chef-d’œuvre. Parfois, la volonté peut amener plus loin encore selon lui. De tout façon, il faut savoir faire face aux imprévus dans tous les cas. Il me confirme :

« Parmi les 1000 journées des tournages

professionnels sur lesquelles j’ai été dans

ma vie, y’en a pas une qui s’est passée comme

c’était écrit sur papier. Jamais! Jamais, c’est beaucoup.

100% du temps, il faut s’adapter ».

C’est pourquoi il pense que les courts-métrages sont un excellent moyen de jongler avec ces imprévus et mieux comprendre ce que l’on fait. C’est l’occasion de voir tes forces et tes faiblesses.

Bref, ce fut un réel plaisir de rencontrer Ricardo et comme il le dit si bien : allez écrire, suivez vos idées jusqu’au bout!


51 vues0 commentaire