Démystifier la profession de machiniste

Sur le marché du travail depuis près de 4 ans, David Dubé a déjà un parcours impressionnant. Ayant travaillé sur plusieurs projets québécois et américains, il a accepté de nous en apprendre plus sur la profession de machiniste.


Pour commencer, quel est ton parcours scolaire et professionnel ?

J’ai suivi le programme Art et technologie des médias du Cégep de Jonquière en Production télévisuelle de 2014 à 2017, et j’ai effectué mon stage de fin d’études à la réalisation sur le film La Bolduc de François Bouvier. À partir de ce moment-là, tout a déboulé. Le régisseur d’Hubert et Fanny, qui m’avait repéré sur le plateau de La Bolduc, voulait travailler avec moi dans son équipe. J’ai donc fait de la régie avec lui. J’ai ensuite commencé à faire de l’Américain, d’abord avec La vérité sur l’affaire Harry Quebert, une série policière tirée d’un roman de Joël Dicker. Le tournage a duré environ 6 mois. J’ai continué à faire des contrats en Américain, et j’ai pu monter en grade et devenir Set PA (Assistant de production), qui est le chef d’équipe de la logistique et de la régie, ce qui représente beaucoup de responsabilités. Je me suis ensuite fait offrir d’être machiniste sur la série québécoise 5e rang, et c’était vraiment la petite étincelle qui me manquait. Je compte d’ailleurs y retourner pour la prochaine saison. Dernièrement, j’ai aussi fini de travailler sur le plateau de Republic of Sarah, une série dramatique américaine, qui sortira en juin.


Source : Ici Tou.tv


Sur un plateau, quels sont les rôles d’un Set PA et d’un machiniste ?

Comme Félix te l’a expliqué dans l’un de tes derniers articles, Set PA, ça fait partie de la logistique. Ça englobe entre autres la sécurité sur le plateau et les demandes des autres départements. Bref, on sert les besoins du plateau au niveau de la sécurité et du matériel. Par exemple, au courant de l’hiver, sur le tournage de Home Alone, on avait un centre-ville à bloquer. J’ai donc dispersé des gens à des endroits stratégiques. On était 50 en tout pour bloquer le centre-ville de Pointe-Claire, incluant des policiers. Donc, tu te tiens avec le premier assistant réalisateur, qui lui, te communique les demandes du réalisateur. Par exemple, s’il veut avoir sa shot, toi tu t’arranges pour que tout soit sécuritaire et dans les normes.


Puis, machiniste, c’est tout ce qui est en lien avec l’image, donc les mouvements de caméra et la diffusion de lumière. C’est vraiment tout ce à quoi les machinistes vont toucher, incluant la sécurité sur le plateau. En effet, c’est une job de bras avec du matériel lourd et si ça tombe sur quelqu’un ou que ça part au vent, c’est notre responsabilité, et c’est pourquoi c’est impératif de tout faire sécuritairement. On s’occupe entre autres aussi des rails et des dolly (Voir photo ci-bas). Il y a des rails, admettons de 100 pieds, et tu as un chariot que tu mets sur les rails pour mettre la caméra et le cadreur. Donc ce matériel-là fait partie des responsabilités des machinistes. C’est vraiment un département qui n’arrête jamais, on court toujours !

Source : Pinterest (À gauche : Rails. À droite : Dolly)


Quelle est la différence entre être machiniste au cinéma et à la télévision ?

Les deux sont complètement différents ! Pour ce qui est de la télévision, sur des émissions de variétés par exemple, les machinistes s’occuperont des décors, tandis qu'au cinéma, les machinistes ne touchent pas aux décors, puisqu’il y a des personnes engagées exprès pour ça.


Que préfères-tu de cet emploi ?

Le petit thrill, t’sé le sentiment que tu apportes quelque chose de concret à la shot. Tu te dis, par exemple, que le rail est parfait et que la vitesse du dolly est aussi parfaite, ce qui va faire en sorte que la scène sera un succès. Les séquences peuvent autant être ratées que réussies rien qu’à cause de toi ! C’est un sentiment vraiment fou !


Quels sont les principaux projets québécois sur lesquels tu as travaillé jusqu’à maintenant ?

Je vais dire Boomerang, qui est une série produite par Encore Télévision et diffusée sur les ondes de TVA. C’était super le fun ! Il y a aussi 5e rang, diffusé sur ICI Radio-Canada Télé depuis 2019, qui m’a fait commencer le métier de machiniste. C’est vraiment un beau projet. C’était loin ! On tournait en banlieue à Saint-Rémi, et je ne pouvais pas passer à côté de ce beau projet-là. J’ai quand même travaillé dessus depuis près de deux ans ! Après tout ce temps, l’équipe devient comme une famille.

Source : Hollywood PQ


Quels sont les principaux projets internationaux sur lesquels tu as travaillé ?

Comme je l'ai dit plus tôt, j’ai travaillé sur La vérité sur l’affaire Harry Quebert. J’ai aussi travaillé sur Pet Sematary, un film d’horreur basé sur un roman de Stephen King sorti en 2019 et sur Future Man, une série futuriste avec Josh Hutcherson et Seth Rogen, où les personnages principaux doivent sauver le monde. J’étais également sur le plateau du film d’action Midway, et tout récemment sur celui de la série Republic of Sarah.

Bande-annonce de Republic of Sarah.


Quelle a été ta prod. préférée et pourquoi ?

Je dirais Pet Sematary, et de loin. Stephen King est un des écrivains les plus talentueux au monde selon moi, et juste d’imaginer que tu es dans sa tête, lors du tournage, c’est fou. Par exemple, on tournait dans la maison et dans le cimetière d’animaux, et on se disait : « Wow, ça sort directement de l’imagination de ce gars-là ! ». C’est ça que je trouve vraiment incroyable des gros films à succès comme ça. Tu te dis : « Wow, je travaille pour mettre la vision de Stephen King, qui est reconnu mondialement, à l’écran ! » C’est aussi pas mal le seul film d’horreur sur lequel j’ai travaillé. Tu vois que ça fait un peu moins peur quand tu le tournes que quand tu l’écoutes. J’ai vraiment aimé ça !

Source : Flickering myth


Est-ce que ta profession a modifié la manière dont tu regardes des films ?

Certainement ! Depuis que je travaille en cinéma, et c’est la même chose pour tout le monde dans le domaine, c’est rendu qu’on écoute plus un film comme on l’écoutait avant. On regarde presque plus le côté technique. Des fois je me dis « Wow, cette shot-là était vraiment folle, je me demande comment ils ont fait ça ! ». Pour vrai, ça change du tout au tout. Ça en est presque plate, ça brise un peu la magie du cinéma...


Finalement, quels sont tes projets dont tu peux nous parler pour le futur ?

C’est tellement un milieu rapide, on ne sait jamais ce qu’il va se passer d’avance. C’est sur que mon but est de continuer d’évoluer en tant que machiniste et de travailler sur de beaux projets. Depuis que j’ai commencé, je ne suis pas à plaindre du tout, j’ai toujours été au bon endroit au bon moment, et là, j’en ai pour quelques mois sur le projet que je commence dans les prochains jours. Qu’est-ce qui s’en vient après ? Seulement l’avenir pourra me le dire ! C’est une réponse plate, mais c’est notre réalité : on ne sait pas ce qui s’en vient, mais on sait qu’il va toujours y avoir quelque chose !


5 vues0 commentaire