Découvrir le métier de direction de la photographie

Entrevue avec Laurent Beauchemin

Source: Shape (Via Pinterest)


Pour qu’une histoire nous rejoigne ou qu’un documentaire nous transporte, la vision unique d’un certain réalisateur a bien évidemment un impact sur l'œuvre finale. Par contre, un point essentiel à ne pas oublier, c’est que celui-ci travaille en étroite collaboration avec un allié qui s’occupe de traduire en images, en mouvements et en lumière ce qui doit être raconté. C’est ce qu’est la direction de la photographie. De la conception des éclairages pour créer une atmosphère précise, à l’exécution des mouvements de caméra jusqu’au choix de la bonne lentille, la personne qui occupe ce poste à un œil aiguisé pour créer des plans magnifiques et en harmonie avec le « mood » du scénario.


Afin de mieux comprendre en quoi consiste ce métier créatif, j’ai interviewé Laurent Beauchemin, directeur de la photographie entre autres sur l’émission Les Parent et District 31, qui a maintenant de nombreuses années d’expérience dans le domaine cinématographique et télévisuel derrière la caméra. Voici ses réponses à mes questions!


Je sais que votre parcours professionnel est plutôt atypique et vos expériences sont variées. Pouvez-vous nous en dire quelques mots? Comment avez-vous commencé?


Il a d’abord fait ses études en communication à l’Université Concordia. Par la suite, grâce à une belle opportunité, il a travaillé quelque temps à l’ancienne chaîne de télévision qui se nommait Télévision Quatre-Saisons (qui est ensuite devenue TQS) sur une série d'affaires publiques et d’actualité en tant que caméraman et réalisateur. Il a même pu participer à l’étape du montage à cette époque. Ça lui a permis de voir la mécanique de la production télévisuelle sous différents angles. Il a ensuite appris le fonctionnement de la caméra vidéo Betacam qui lui permit d’obtenir plusieurs contrats, car c’était un appareil très versatile et donc parfait pour les reportages. Il a fait beaucoup d’émissions scientifiques et de plein-air et il a voyagé aux quatre coins de la planète dans le cadre de son travail. Par exemple, il est allé en Afrique pour le tournage de Zoboomafoo. Il a vu qu’est-ce que c’était de filmer au cœur de plus petites équipes. Pour lui, participer à autant de projets différents a été incroyablement enrichissant.

Cela lui a pris quelques années dans le milieu avant de se sentir à l’aise et confiant d'accepter des contrats comme directeur de la photographie. Il a commencé par plusieurs docu-drames et documentaires à la télévision. La grandeur et l’ampleur des projets augmentaient de plus en plus au fil et à mesure qu’il prenait de l’expérience. La fiction est arrivée dans sa carrière un peu plus tard au moment où il se sentait assez dans son élément pour prendre la responsabilité d’un rôle aussi important. Pour lui, c’était la suite logique dans son cheminement. Il a même fait un peu de réalisation sur District 31. La preuve qu’il est possible d’essayer plusieurs choses si on a plusieurs intérêts. C’est une situation assez rare, mais qui peut tout à fait arriver.


Selon vous, la confiance est un élément clé au sein d’une équipe dans le milieu créatif. Pouvez-vous nous expliquer votre vision sur cela?


Il m’a parlé de la confiance à de nombreuses reprises, car il croit qu’il s’agit d’un pilier primordial dans le monde des médias. L’équipe doit être solide et les différentes personnes, pour mieux travailler, doivent sentir qu’elles peuvent compter sur leurs collègues qui ont des rôles clés. La création, mais surtout la fiction, c'est de rendre réel quelque chose qui a été imaginé.


« C’est très intangible au départ. »


Ce sont de grandes prises de risque et il faut être avec des gens avec qui on sait que ça peut bien fonctionner. C’est pourquoi, il a préféré gagner de l’expérience avant de se lancer dans la direction de la photographie. Toutes ses expériences de tournage passées l’ont mieux préparé à trouver des solutions aux imprévus.


Pouvez-vous nous donner un portrait global de votre métier? En quoi consiste-t-il plus précisément?


Laurent explique qu’un.e directeur.trice photo est celui qui s’occupe de l’enregistrement de l’image et qui s'assure que celle-ci corresponde bien aux attentes du réalisateur et du producteur. La personne est également chargée de louer le bon équipement selon le tournage. Elle visite les lieux de tournage au préalable aussi pour commencer à planifier les éclairages. Puisque c’est un métier qui fonctionne par contrat, il arrive que certaines périodes soient très intenses où les projets s’enfilent rapidement et d’autres où c’est plus tranquille et on reste alerte sur une opportunité qui pourrait subvenir.


Tout d’abord, le travail d’un.e directeur.trice photo commence bien avant le tournage à l’étape de pré-production. La personne participe aux nombreuses réunions de préparation avec les autres départements de création. Avec la réalisation et l’assistance à la réalisation, le ou la directeur.trice photo aide à planifier les horaires selon la complexité technique de chaque scène. Ils conçoivent dès cette étape, avec la direction artistique également, quels éléments principaux viendront influencer la composition de l’image. Par exemple, il pourrait demander d’ajouter une fenêtre au décor pour qu’il puisse planifier une source de lumière qui donne un look plus naturel.


Sinon, lors des tournages, c'est la plupart du temps de longues journées où on arrive très tôt le matin et où on repart tard. Avant de commencer les « set-up », le ou la directeur.trice photo discute avec les rôles clés pour avoir un aperçu de la journée. Souvent, en studio, le plateau est déjà pré-éclairé, mais le temps qui sera gagné avec le peu d’installation sera utilisé pour tourner plus de scènes en une même journée. Ça s’enchaîne alors rapidement.


« On éclaire, on tourne. On éclaire, on tourne. »


Laurent travaille étroitement avec le chef ou la cheffe éclairagiste pour qu’il ou elle puisse faire leurs branchements selon les éclairages qui ont été prévus. Il y a aussi les machinistes avec qui il prévoit les mouvements de caméra qui seront filmés dans la scène. Certaines décisions sont prises avec le réalisateur ou la réalisatrice pour éviter que la scène soit trop statique, surtout quand il y a beaucoup de dialogues.


Quelles sont les qualités ou les aptitudes qui aident à faire ce métier?


La première chose que Laurent m’a dite, c’est l’écoute. Il est bien de savoir porter l’oreille sur les demandes du réalisateur. Cela permet ainsi de mieux comprendre les intentions et produire une image qui correspond bien à cela. Que ce soit les intentions d’un seul épisode ou de la série en entier, c’est toujours bien de faire cet exercice de lecture du texte pour recréer un univers fictif selon la vision de quelqu’un d’autre.


C’est pertinent également de s’informer continuellement sur les notions techniques du métier. Il ne faut pas hésiter à demander aux autres techniciens sur le plateau des trucs ou des informations qu’ils connaissent mieux. L’entraide ne sera que bénéfique.


Il faut savoir aussi bien communiquer et travailler en équipe. C’est essentiel pour pouvoir mieux expliquer ce que l’on s’imagine dans notre tête. Il s’agit alors de trouver les mots adéquats pour illustrer nos propos afin que tous comprennent bien.


« Tu es comme le capitaine d’une équipe. »


Avez-vous des conseils pour la relève en direction de la photographie?


Il me répond: « C’est d’en faire beaucoup! ». N’hésitez pas à aller tourner des choses, même si c’est avec votre téléphone cellulaire. Essayez différents angles, différentes perspectives. Faites le pour le plaisir en tournant des images que vous aimez et qui vous inspirent. « Practice makes perfect », ce n’est pas un mythe! Travailler avec plusieurs personnes différentes vous permet aussi de vous découvrir au sein d’un groupe dans un contexte créatif.


« À force d’en faire, tu vois plein de situations problématiques et tu trouves des solutions. Ça, ça entre dans ton bagage. »


C’est normal que ça n'arrive pas dès le premier jour, mais plutôt avec l’accumulation de diverses expériences. Et finalement, il conseille de porter une attention particulière à ce que l’on trouve beau autour de nous. D’observer comment la lumière entre dans une pièce lorsqu’il y a une ambiance que l’on trouve intéressante. Par exemple, si nous sommes à une soirée avec nos amis et que l’on trouve cela inspirant, c’est d’analyser qu’est-ce qui crée cette ambiance. On peut s’attarder sur la couleur de la lumière, sa provenance ou son intensité. Il faut consciemment faire cette démarche pour pouvoir découvrir les détails. Si tu le fais souvent dans la vie de tous les jours, ton regard d’artiste se développera. Ça va assurément influencer comment tu éclaireras des scènes par la suite.


Il ne faut pas trop s'en faire avec la technique et regarder à travers la caméra, c’est de cette manière que l’on peut savoir si c’est beau!